Revenir dans sa maison maternelle fait remuer les vestiges de son enfance. À chaque visite, c’est la même chose. Inévitablement, je me fais attraper par une lourdeur indéfinissable, je suis absorbée par la lenteur épaisse qui règne toujours entre ces murs.
Les journées s’enchaînent en dehors du temps, heure après heure, sans que je ne puisse changer quoi que ce soit. Je suis engloutie par ce rythme, dépourvue de toute volonté. Une fois le seuil de la porte franchi, un filet invisible s’abat sur moi, m’empêchant d’agir librement. Chaque pièce renferme son lot de souvenirs, des bribes d’existence endormies dans les refuges de ma mémoire. Des objets surgissent sans prévenir, des bibelots, des jouets, un livre d’aventure. Des objets immobiles, laissés à l’abandon depuis des décennies. Ils ont figé le temps tel des gardiens d’une époque qui ne sera plus accessible. Une poussette en rotin dans laquelle je promenais mes poupées et peluches, dont les roues grinçaient quand on roulait trop vite. Un circuit à billes que mon père avait privé du grelot qui sonnait à l’arrivée de chaque bille, parce que son tintement répétitif le réveillait trop tôt le dimanche matin. Dans un tas de tissus, une robe de danseuse flamenco en satin noir, ornée de franges rouge vif, un de mes déguisements préférés. Les castagnettes qui accompagnaient cette tenue ont disparu depuis longtemps. Le souvenir de ma difficulté à les faire claquer correctement pour produire le rythme régulier, est toujours présent en moi. Dans un coin derrière la porte, je retrouve ma machine à écrire. Une Olympia des années soixante, sur laquelle je passais de longues heures à écrire des lettres ou des bouts de textes, pour le simple plaisir d’être à l’œuvre, d’entendre le tapotement de mes doigts sur les touches. Le retour au berceau est une confrontation immuable de tout ce qui a été, de celle que je ne suis pas devenue. C’est un livre ouvert dont les meilleurs chapitres sont encore à inventer.
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